Le CSAR raconté par Roger Coudé


Des nerds? des surdoué(e)s? des jeunes naviguant à contre courant...

Même si le mot "Nerd" ne faisait pas partie du vocabulaire de l'époque, je crois que c'est comme ça que mes enfants nous auraient appelé. À l'âge du "Peace and Love", de la contestation et de la découverte de la drogue, on peut dire que le groupe que nous formions naviguait à contre courant: nous rêvions de devenir scientifiques! Nous n'étions pas riches, mais encore là, ça ne voulait pas dire grand chose à l'époque, nous nous considérions tous sur le même pied. Pas besoin de porter un uniforme pour masquer nos disparités, comme les écoles privées le font encore.

Fini la vie de reclus!

Marc Michaud et moi étions très actifs avant de connaître le CSAR. Nous avions bricolé ensemble tout au long du secondaire. Même si d'autres jeunes ont participé à nos projets, ce fut minime si on considère tout le temps que Marc et moi avons passé dans nos sous-sol à réinventer le monde. Mais nous étions des reclus. Les voisins nous ne nous adressaient pas la parole (imaginez deux adolescents se promenant dans les rues, le soir, avec des scaphandres en carton munis d'essuie-glace et avec éclairage électrique...). On vivait sur une autre planète, alimentés par les missions Apollo, les émissions de Star Trek et les revues de bricolages. Pendant que les jeunes de notre age fumaient de la mari en cachette, Marc et moi apprenions la trigonométrie pour mieux comprendre les principes physiques et améliorer nos prototypes... Notre entrée officielle dans le club eut lieu au camp d'été (1970) précédant notre entrée au collège. C'est Raymond Munger qui nous l'avait recommandé. Ce jeune homme posé (on nous avait dit de lui qu'il était sévère, donc on était intimidé...), fut enthousiasmé par nos projets et il nous proposa d'étendre nos champs d'activités! Nous n'étions plus seuls!

La vie en société

Un camp d'été au sommet d'une montagne, sans eau courante: ce fut un choc pour les jeunes citadins que nous étions, pour la plupart à leur première sortie publique. Mais, un camp mixte: filles et garçons discutant tard dans la nuit, sans arrière-pensée (du moins dans mon cas). Observations astronomiques, discussions philosophiques, taquineries de toutes sortes. Le tout couronné par un lancer de ballon mémorable. Je crois que c'est là que ça a cliqué. Cette expérience nous a transcendés. Pendant deux ans, nous devînmes inséparables. Par le passé, nous vivions en ermite. Le trou noir de nos relations humaines avaient enfin trouvé matière à aspirer, mais pas n'importe comment: d'égal à égal, avec toute la puissance de nos cerveaux bouillants. D'autres se sont joint par la suite, eux aussi contaminés par nos soirées houleuses, ponctuées de citations, de formules mathématiques et de parties d'échec. Évidemment, ce fut aussi le tremplin de nos premières expériences amoureuses... Récemment, j'ai visionné le film "Ciel d'octobre", une histoire vécue dont le parallélisme avec la nôtre est étonnant.

Un soucis d'autonomie

Ce qui est étrange, c'est que nous n'avions pas vraiment de modèles ou guides parmi les adultes. Bien sûr, il y avait le frère Bob, Pierre Jean, Yves Jutras, Étienne Martin, mais c'est plus nous qui les avons utilisés! D'aileurs, nous avions eu la bonne idée de placer notre local en dehors du giron de l'école: nous n'étions pas à la remorque des profs! Et la régionalisation! Encore les bleuets et leur démesure!

Les moments magiques

La rencontre en privé avec Haroum Tazief, au sous-sol du collège. L'expédition de spéléologie à Val-Jalbert. Le party chez Marc Michaud.

à suivre...

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